Paris, le 19 décembre 2007

CONFÉRENCE DE PRESSE DE FRANCOIS HOLLANDE ET MICHEL SAPIN

À l’occasion de la présentation du projet de loi de finances pour 2008 en Conseil des ministres, le Parti socialiste avait multiplié les mises en garde : croissance surestimée, déficits sous-évalués, dette non maîtrisée, comptes sociaux dans le rouge, commerce extérieur dégradé, …

Trois mois plus tard, toutes les données sur lesquelles repose le budget 2008 s’avèrent erronées, ce qui démontre qu’il s’agit d’un budget virtuel qui prépare des lendemains douloureux.

  1. Des hypothèses insincères …

  1. Une inflation sous-estimée de moitié
  2. L’hypothèse de hausse des prix qui fondait le PLF 2008 était de 1,6%. Selon l’INSEE, elle sera à minima de 2,4%.

    Le gouvernement est resté insensible aux nombreuses mises en gardes. Il indiquait que l’inflation progresserait légèrement en 2008 pour s’établir à 1,6 %, après 1,3 % en 2007".

    Les conséquences de cette erreur de prévision sont majeures :

    1. Pétrole, euros : des prévisions erronées :

    L’hypothèse retenue pour bâtir le budget 2008 était d’un cours moyen de 73 $. L’évolution des cours rend cette hypothèse caduque. De 50 $ le baril en février, le prix du baril de brut à New-York a progressé à 60 $ puis 70 $ pour atteindre 80 $ à la mi-septembre, 90 $ à la mi-octobre. La facture pétrolière accroît pourtant le déséquilibre entre nos importations et nos exportations, pèse sur le prix du fioul domestique et le gaz (indexé sur le pétrole) et donc sur le pouvoir d’achat.

    De même, l’hypothèse retenue pour le cours de l’euro d’une parité de 1,37 dollars pour 1 euro. Cette prévision s’est révélée fausse : depuis près d’un mois, l’euro tutoie constamment la barre hautement symbolique de 1,50 $.

    Le gouvernement a volontairement mésestimé ces données pour tenter de crédibiliser son hypothèse de croissance, et donc ses projections de déficits et de dette.

    1. Une croissance anémiée
    2. François Fillon a indiqué récemment que la croissance serait au mieux de 1,9 %.

      L’hypothèse inscrite dans le PLF 2008 était comprise entre 2 et 2,5% de PIB. Le compte-rendu du Conseil des ministres du 26/09/07 est à cet égard très clair : " de manière prudente, le projet de loi de finances est construit sur une fourchette de croissance comprise entre 2 % et 2 ½ , avec un point médian à 2¼. Le Gouvernement a pour objectif que la croissance atteigne ou dépasse la borne supérieure de cette fourchette dès 2008, grâce au dynamisme de la demande intérieure et aux réformes structurelles mises en œuvre".

      La réalité est tout autre.

      L’INSEE estime que " les indicateurs conjoncturels laissent augurer une croissance modérée au quatrième trimestre ".

      Pis encore, ces données ne tiennent pas compte de l’impact de la crise des sub-primes.

    3. Des finances publiques dégradées

    Les conséquences pour les finances publiques sont majeures. Le différentiel de croissance est de 0,4 point. Or, 0,4 point de croissance en moins, c’est près de 10 milliards de recettes fiscales en moins.

    Certains indices confirment déjà la dégradation des comptes publics. En effet, le gouvernement tablait sur 5 milliards de recettes supplémentaires lors de l’adoption du PLF 2008. Ce chiffre était en lien avec les prévisions optimistes de croissance du gouvernement. La loi de finances rectificative l’a ramené à 1,5 milliard.

    La situation du budget de l’État au 31 octobre 2007 confirme cette tendance. Les recettes fiscales connaissent en effet une stagnation préoccupante (217,67 milliards d’euros fin octobre 2007 contre 217,76 milliards d’euros fin octobre 2006), alors même que les dépenses ont progressé (+ 2,67 milliards d’euros, de 224,15 milliards d’euros fin octobre 2006 à 226,82 fin octobre 2007). En conséquence, le solde général du budget de l’État s’est dégradé de 1,73 milliards d’euros en un an (déficit de -43,35 Md€ au 31 octobre 2007 contre -41,62 Md€ en 2006).

    Le solde général d’exécution, qui inclut également le solde des comptes spéciaux, subit une dégradation encore plus nette et s’élève à -52,17 Md€, contre -48,22 Md € à la même date en 2006. Dès lors, le déficit budgétaire risque fort de dépasser la prévision de -41,9 Md€ de la loi de finances, ce qui conduirait une nouvelle fois à accroître l’endettement de l’État.

    Le déficit public français pourrait aisément dépasser la limite de 3% du PIB :

    Les récentes déclarations présidentielles annonçant la suppression de l’impôt de bourse (- 260 millions d’euros) et de) l'imposition forfaitaire annuelle (1,58 milliard d’euros) dégraderont d’autant les comptes publics.

    1. Un plan de rigueur inéluctable

    Acculé par le poids de son paquet fiscal, la dérive des comptes sociaux et son incapacité à relancer la croissance, le gouvernement vit aujourd’hui d’expédients : il multiplie les cessions d’actifs publics pour stabiliser sa dette à 64,2% du PIB fin 2007 (près de 7,5 milliards d'euros, dont 3,5 milliards issus de la cession de 3% du capital d'EDF et 2,65 milliards de France Télécom).

    La crise des sub-primes prend une telle ampleur que le pire est sans doute devant nous.

    L’ensemble des économistes estime aujourd’hui que ce choc bancaire et financier majeur affectera " l'économie réelle " américaine et donc le commerce mondial, certains allant même jusqu’à prévoir l'entrée en récession, au début de l'année prochaine, de la première économie mondiale.

    La réalité s’impose donc chaque jour un peu plus au gouvernement. La dégradation des finances publiques, qu’il a lui-même causée, l’amènera à adopter -une fois les élections municipales passées- une politique de rigueur contraire en tout point à ses engagements sur le pouvoir d’achat :